« On a rappelé ce client ? » Dans la plupart des TPE, la réponse est dans la tête de quelqu’un, ou dans le journal d’appels d’un téléphone. Relier la téléphonie au CRM fait apparaître chaque appel dans la fiche du client, automatiquement, avec sa date, sa durée et sa note. Voici comment nous l’avons monté chez nous, ce que cela coûte, et les pièges de l’automatisation sans code.
Le problème, avant l’outil
Une entreprise de quelques personnes passe et reçoit des dizaines d’appels par jour. Les informations qui en sortent — un accord verbal, une réclamation, une relance promise — ne vivent que si quelqu’un les écrit. Personne n’écrit. Résultat : deux relances le même jour, ou aucune pendant trois semaines ; un client qui rappelle et doit tout réexpliquer ; un commercial qui part en emportant l’historique dans sa mémoire.
La réponse n’est pas de demander à l’équipe de saisir davantage. C’est de faire en sorte que l’appel s’inscrive tout seul dans la fiche, et que la seule chose à saisir soit ce que l’appel a produit — en deux lignes, au moment où l’on raccroche.
Ce que nous avons mis en place
Chez Alyneia, la téléphonie est opérée par Keyyo et le CRM est Axonaut. Les deux n’ont pas de connecteur natif ; nous les avons reliés par une plateforme d’automatisation, Make, selon un principe simple : la téléphonie envoie un signal à chaque fin d’appel, le scénario identifie le client et écrit l’appel dans sa fiche.
- Le déclencheur. Un webhook : l’opérateur envoie, à la fin de chaque appel, un message contenant le numéro appelant, le numéro appelé, le sens de l’appel, l’heure et la durée. Pas d’interrogation périodique, pas de délai.
- La normalisation du numéro. Le même correspondant arrive sous quatre formes : 0164…, +3316…, 3316…, avec ou sans espaces. Le scénario ramène tout au format international avant de chercher.
- La recherche du client. Une requête à l’API du CRM sur le numéro normalisé, en cherchant à la fois la société et ses contacts. Quand rien ne correspond, l’appel est journalisé comme inconnu, avec le numéro : c’est ainsi qu’on découvre les prospects qui appellent et qui ne sont dans aucun fichier.
- L’écriture. Création d’un événement dans la fiche client : type « appel », sens, durée, collaborateur concerné, horodatage. Un appel manqué crée en plus une tâche de rappel assignée à la personne dont la ligne a sonné.
- Le filet de sécurité. Une branche d’erreur qui envoie un message quand l’écriture échoue, et un journal des exécutions à relire une fois par semaine.
Les pièges rencontrés
- Les fonctions de texte ne sont pas celles d’un tableur. Sur Make, il n’existe pas d’équivalent direct de « commence par » : on compose avec les fonctions disponibles, et l’on teste chaque expression sur des cas réels avant de brancher le scénario.
- Les identifiants ne sont pas ceux qu’on voit à l’écran. L’identifiant du collaborateur à qui assigner une tâche, celui de la société à laquelle rattacher l’appel : ils se récupèrent par une requête de recherche, jamais en recopiant un numéro affiché dans l’interface.
- Les formats de date. Chaque API a le sien. Une date envoyée au mauvais format passe sans erreur et range l’appel en 1970.
- Les doublons. Un appel transféré peut produire deux signaux. Une clé d’unicité — identifiant d’appel de l’opérateur — évite d’écrire deux fois la même chose.
- Le volume. Les plateformes d’automatisation se facturent à l’opération : un scénario qui déclenche cinq requêtes par appel coûte cinq fois plus qu’un scénario qui en déclenche une. On filtre au plus tôt.
Ce que cela change, et ce que cela ne change pas
Ce que cela change : l’historique existe sans effort, la relance se fait à partir d’une liste et non d’une mémoire, un remplacement pendant les congés se prépare en lisant la fiche, et l’on mesure enfin le nombre d’appels manqués — souvent la vraie fuite commerciale d’une petite structure. Ce que cela ne change pas : la qualité de la note reste humaine. Un appel journalisé sans une ligne de contenu dit qu’il y a eu un appel, pas ce qui s’y est dit.
Deux points de droit à régler avant de brancher quoi que ce soit. Les données de connexion et les fiches clients sont des données personnelles : le traitement s’inscrit au registre, avec sa finalité, sa durée de conservation et son sous-traitant. Et l’enregistrement des conversations, si vous y pensez, suppose l’information des salariés et des correspondants, la consultation du comité social et économique quand il existe, et une durée de conservation limitée : la journalisation d’un appel n’est pas son enregistrement, et c’est ce qui la rend simple.
Par où commencer dans une TPE
Vérifiez d’abord si vos outils se parlent déjà : beaucoup de CRM proposent un connecteur avec les opérateurs les plus courants, et une extension de navigateur qui affiche la fiche à la sonnerie. Si c’est le cas, c’est plus simple et moins cher qu’une automatisation sur mesure. Sinon, commencez par un seul flux — la journalisation des appels entrants —, laissez-le tourner un mois, mesurez, puis ajoutez le reste : rappel automatique des appels manqués, création de fiche pour les numéros inconnus, association au devis en cours.
Questions fréquentes
Faut-il changer d’opérateur pour faire cela ?
Il faut un opérateur capable d’envoyer un signal en fin d’appel ou d’exposer une API. Les offres de téléphonie d’entreprise le font ; une ligne mobile grand public, non. C’est le premier point à vérifier.
Combien de temps pour mettre cela en place ?
Une à deux journées pour un flux simple, tests compris, quand les deux outils ont une API documentée. L’essentiel du temps passe dans les cas particuliers : numéros multiples, appels transférés, standard.
Que se passe-t-il si la plateforme d’automatisation tombe ?
Les appels continuent : seule la journalisation s’interrompt. Les signaux non traités peuvent être rejoués si la plateforme les conserve ; c’est un critère de choix, au même titre que le prix.
Espace Digital relie vos outils entre eux — téléphonie, CRM, facturation, site — par des automatisations testées et documentées, et vous forme à les relire. Écrivez-nous à contact@espacedigital.fr ou découvrez le pôle Espace Digital.
Sources
- Retour d’expérience Alyneia : journalisation des appels Keyyo dans Axonaut via Make, en production.
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 28 (sous-traitance), 30 (registre des traitements) et 32 (sécurité) ; CNIL, téléphonie sur le lieu de travail et enregistrement des appels.