La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, promulguée le 28 février, retouche dès cette année les allègements de cotisations patronales et les refond entièrement au 1er janvier 2026. Pour un employeur, l’enjeu est concret : le coût d’un salarié entre 2,25 et 2,5 SMIC augmente en 2025, celui d’un salarié entre 1,6 et 3 SMIC devrait baisser en 2026. Voici ce qui change, quand, et ce qu’il faut vérifier sur vos bulletins.
Mis à jour en septembre 2026. Les paramètres attendus ont été publiés. Pour 2025, le décret n° 2025-318 du 4 avril 2025 a fixé le SMIC de référence de la réduction générale à 11,88 € (valeur du 1er janvier 2025) et ramené le coefficient maximal de 0,3194 à 0,3193 (0,3234 à 0,3233 pour les employeurs au FNAL de 0,50 %) à compter du 1er mai 2025. Pour 2026, la réduction générale dégressive unique est en vigueur depuis le 1er janvier (loi de financement pour 2026 et décret n° 2025-887 du 4 septembre 2025) : taux maladie de 13 % et taux allocations familiales de 5,25 % pour tous, une seule réduction qui vaut 39,8 % du salaire brut au SMIC (12,02 €), environ 7,5 % à 1,8 SMIC, environ 3 % à 2,4 SMIC, 2 % à 3 SMIC et rien au-delà (paramètres 0,02 et 0,3781 — 0,3821 au FNAL de 0,50 % —, exposant 1,75).
Trois allègements aujourd’hui, un seul demain
Jusqu’ici, un employeur du secteur privé bénéficie de trois mécanismes distincts. La réduction générale des cotisations patronales, dite « réduction Fillon », efface l’essentiel des cotisations au niveau du SMIC et décroît jusqu’à 1,6 SMIC. Le taux réduit de cotisation maladie, 7 % au lieu de 13 %, s’applique aux salaires jusqu’à 2,5 SMIC. Le taux réduit d’allocations familiales, 3,45 % au lieu de 5,25 %, va jusqu’à 3,5 SMIC. Trois seuils, trois calculs, et un effet bien connu : augmenter un salarié qui franchit l’un de ces seuils coûte à l’employeur bien plus que l’augmentation elle-même.
L’article 18 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 organise la réforme en deux temps : un resserrement immédiat des seuils en 2025, puis la fusion des trois dispositifs en une réduction unique au 1er janvier 2026.
2025 : les seuils descendent, avec effet au 1er janvier
- Cotisation maladie. Le taux réduit de 7 % ne s’applique plus qu’aux salaires inférieurs ou égaux à 2,25 SMIC, contre 2,5 SMIC en 2024. Entre 2,25 et 2,5 SMIC — de 4 054 € à 4 504 € bruts par mois pour un temps plein — la cotisation passe à 13 %, soit six points de plus, environ 250 € par mois pour un salaire de 4 200 €.
- Allocations familiales. Le taux réduit de 3,45 % s’arrête à 3,3 SMIC au lieu de 3,5. Entre les deux, 1,8 point de plus.
- Réduction générale. Elle conserve son point de sortie à 1,6 SMIC, mais deux choses changent. Le SMIC qui sert de référence au calcul est désormais fixé par décret, dans la limite de sa valeur au 1er janvier 2025 : une hausse du SMIC en cours d’année n’élargira plus automatiquement la réduction. Et la prime de partage de la valeur entre dans la rémunération prise en compte pour calculer le coefficient : une prime versée à un salarié proche du SMIC réduit désormais l’allègement.
Ces règles s’appliquent aux cotisations dues au titre des périodes courant depuis le 1er janvier 2025. Les paies de janvier et février ont été établies avec les anciens seuils : une régularisation est à passer sur les bulletins et la DSN de mars ou d’avril, dès que votre logiciel intègre les nouveaux paramètres. Le décret qui fixe la valeur du SMIC de référence et le coefficient maximal est attendu dans les prochaines semaines.
2026 : une réduction unique jusqu’à 3 SMIC
Au 1er janvier 2026, les taux réduits maladie et allocations familiales disparaissent : 13 % et 5,25 % pour tous les salaires. En contrepartie, la réduction générale est refondue en une réduction dégressive unique, dont le point de sortie passe de 1,6 à 3 SMIC. Le principe fixé par la loi : un allègement au niveau du SMIC du même ordre qu’aujourd’hui, une décroissance continue jusqu’à 3 SMIC où il ne reste que deux points, et plus rien au-delà. Les paramètres exacts — coefficient maximal, forme de la courbe — seront fixés par décret d’ici la fin de l’année.
L’effet attendu diffère selon les salaires. Au SMIC, le coût employeur devrait rester proche de ce qu’il est. Entre 1,6 et 2,25 SMIC, la nouvelle réduction viendra remplacer un taux réduit maladie que ces salaires ont déjà, avec un bilan légèrement favorable. Entre 2,25 et 3 SMIC, les salaires qui ont perdu le taux réduit en 2025 récupéreront une partie de l’allègement en 2026. Au-delà de 3 SMIC, rien ne change : ces salaires n’ont jamais bénéficié de la réduction générale, et ils ont déjà perdu les taux réduits.
Ce que cela change dans vos décisions
- Les augmentations autour de 2,25 SMIC. En 2025, faire passer un salarié de 4 000 € à 4 100 € bruts coûte l’augmentation, ses charges, et six points de cotisation maladie sur la totalité du salaire. Un plan d’augmentation qui traverse ce seuil se chiffre avant d’être annoncé.
- Les embauches entre 1,6 et 3 SMIC. C’est la zone que la réforme de 2026 veut rendre moins chère. Un recrutement prévu à ces niveaux de salaire coûtera un peu moins en 2026 qu’aujourd’hui.
- La prime de partage de la valeur. Elle reste exonérée de cotisations, mais elle pèse désormais sur le calcul de la réduction générale des bas salaires. Pour un salarié au SMIC, l’économie réelle d’une PPV est un peu moindre qu’en 2024.
- Les temps partiels et les heures supplémentaires. Le SMIC de référence est proratisé selon la durée du travail et majoré des heures supplémentaires : rien de nouveau, mais le gel de la valeur de référence rend ces ajustements plus visibles dans le calcul.
Trois vérifications sur vos bulletins
- Les plafonds des taux réduits sont bien passés à 2,25 et 3,3 SMIC, avec régularisation depuis janvier pour les salariés concernés.
- La PPV versée depuis janvier est intégrée à la rémunération qui sert au calcul de la réduction générale.
- La DSN qui porte la régularisation est déposée sans retard : une régularisation tardive de cotisations dues au titre de janvier expose à des majorations, même si le texte est arrivé fin février.
Questions fréquentes
Mes salariés vont-ils voir une différence sur leur net ?
Non. Tous ces mécanismes portent sur les cotisations patronales. Le salaire net ne bouge pas ; c’est le coût total pour l’employeur qui change.
Le SMIC de référence gelé, est-ce une perte pour l’employeur ?
Seulement si le SMIC augmente en cours d’année. Dans ce cas, la réduction générale ne suit plus la hausse et l’allègement diminue pour les salariés dont le salaire est relevé. Au 1er janvier suivant, la référence est réalignée.
Les apprentis et les contrats aidés sont-ils concernés ?
Les apprentis relèvent de la réduction générale comme les autres salariés, avec leurs règles propres d’assiette. Les contrats qui ouvrent droit à une exonération spécifique ne cumulent pas cette exonération avec la réduction générale : l’employeur applique le dispositif le plus favorable.
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Sources
- Loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2025, article 18.
- Code de la sécurité sociale, articles L. 241-2-1 (taux réduit maladie), L. 241-6-1 (taux réduit allocations familiales) et L. 241-13 (réduction générale).
- Décret n° 2025-318 du 4 avril 2025 et décret n° 2025-887 du 4 septembre 2025 (mise à jour) ; URSSAF, la réduction générale dégressive unique.