Prêter à sa propre société est souvent le financement le plus simple, et le compte courant d’associé peut être rémunéré. Mais la déduction des intérêts obéit à un plafond publié chaque trimestre au Journal officiel, à une condition sur le capital, et à des écritures précises. Voici les chiffres en vigueur au printemps 2025, le calcul, et ce qui se passe quand on dépasse.
Mis à jour en septembre 2026. Les taux trimestriels de 2025 sont connus : 4,92 % au premier trimestre, 4,60 % au deuxième, 4,36 % au troisième et 4,30 % au quatrième. Le taux maximal déductible pour un exercice de douze mois clos le 31 décembre 2025 s’établit à 4,55 %, contre 5,75 % un an plus tôt. La baisse se poursuit début 2026 : 4,49 % pour une clôture fin février, 4,44 % fin mars.
De quoi parle-t-on
Le compte courant d’associé enregistre les sommes qu’un associé ou un dirigeant laisse à la disposition de la société : un apport en trésorerie, une rémunération ou des dividendes non prélevés, des frais avancés. C’est une dette de la société envers lui, remboursable à tout moment sauf convention de blocage, et qui peut porter intérêt si une convention le prévoit. Dans les petites sociétés, il finance le démarrage, un coup dur ou un investissement, plus vite et moins cher qu’une banque.
Le sens inverse est interdit aux personnes physiques : un gérant de SARL ou un dirigeant de société par actions ne peut pas emprunter à sa société, ni se faire consentir un découvert en compte courant (articles L. 223-21 et L. 225-43 du code de commerce). Un compte courant débiteur est un abus de biens sociaux en puissance, et l’expert-comptable le signale.
Le taux plafond : comment il se lit
Les intérêts versés aux associés sont déductibles du résultat de la société dans la limite d’un taux fixé par l’article 39, 1-3° du code général des impôts : la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les banques pour des prêts à taux variable aux entreprises d’une durée initiale supérieure à deux ans. Ce taux est publié chaque trimestre au Journal officiel. Pour un exercice de douze mois, le plafond est la moyenne des quatre taux trimestriels qui le couvrent ; pour un exercice décalé, on pondère au prorata.
| Exercice de douze mois clos le | Taux maximal déductible |
|---|---|
| 31 décembre 2022 | 2,21 % |
| 31 décembre 2023 | 5,57 % |
| 31 décembre 2024 | 5,75 % |
| 31 janvier 2025 | 5,70 % |
| 28 février 2025 | 5,65 % |
| 31 mars 2025 | 5,49 % |
Le taux du premier trimestre 2025, publié fin mars, est de 4,92 %. La tendance est nette : après deux années à plus de 5,5 %, le plafond redescend, et une société qui clôturera au 31 décembre 2025 doit s’attendre à un taux nettement inférieur à 5 %. Une convention qui fixe un taux « de 5,75 % » écrit en dur produira des intérêts non déductibles dès cette année ; mieux vaut stipuler « le taux maximal fiscalement déductible » ou un taux inférieur.
Les trois conditions de la déduction
- Le capital est entièrement libéré. Tant qu’une partie du capital souscrit n’a pas été versée, aucun intérêt de compte courant n’est déductible. C’est le piège classique des SAS constituées avec un capital libéré de moitié.
- Le taux ne dépasse pas le plafond. La fraction des intérêts qui excède le taux maximal est réintégrée au résultat fiscal, compte par compte : un associé rémunéré à 3 % ne compense pas un autre rémunéré à 8 %.
- Une convention existe. Écrite, datée, elle fixe le taux, les modalités de calcul et de remboursement. Dans une SARL ou une SAS, la rémunération du compte courant d’un dirigeant ou d’un associé est une convention réglementée, soumise au rapport spécial et à l’approbation de l’assemblée.
Entre sociétés liées — une holding et sa filiale, par exemple —, l’article 212 du code général des impôts ajoute ses propres règles : le taux plafond s’applique, sauf si la société emprunteuse démontre qu’elle aurait obtenu un taux supérieur d’une banque, et des limites de sous-capitalisation peuvent réduire encore la déduction.
Le calcul et les écritures
Les intérêts se calculent sur le solde réel du compte, jour par jour ou, à défaut, mois par mois, au prorata du temps : un apport de 50 000 € le 1er avril rémunéré à 5 % produit 1 875 € d’intérêts au 31 décembre, pas 2 500 €. À la clôture, la société constate la charge au compte 6615 « intérêts des comptes courants » par le crédit du compte 455 de l’associé, puis retient le prélèvement.
Car pour un associé personne physique, ces intérêts sont des revenus de capitaux mobiliers. La société prélève à la source 12,8 % d’acompte d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux — 30 % au total —, les reverse sur la déclaration 2777 dans les quinze premiers jours du mois suivant, et déclare le tout sur l’imprimé fiscal unique avant le 15 février. L’associé retrouve ces montants préremplis sur sa déclaration de revenus, avec le choix entre le prélèvement forfaitaire et le barème. La partie des intérêts non déductible pour la société reste imposable chez lui : le dépassement se paie deux fois.
Rémunérer ou non : le bon usage
Rémunérer un compte courant a du sens quand l’associé a des liquidités personnelles imposées ailleurs à un taux inférieur, quand plusieurs associés apportent des montants inégaux et que l’équité l’exige, ou quand la holding finance sa filiale et doit facturer un taux de marché. Il n’en a guère quand le dirigeant est seul associé d’une société qui gagne peu : les intérêts déduits à 15 % ou 25 % d’impôt sur les sociétés sont imposés à 30 % chez lui. Dans ce cas, un compte courant non rémunéré, remboursé quand la trésorerie le permet, reste l’outil le plus simple — et la convention de blocage, exigée par la banque au moment d’un prêt, s’y ajoute sans difficulté.
Questions fréquentes
L’associé peut-il exiger le remboursement de son compte courant ?
Oui, à tout moment, sauf convention de blocage ou clause statutaire fixant un préavis. La société ne peut pas s’y opposer au motif que sa trésorerie est faible, ce qui rend le blocage utile pour les deux parties quand le montant est important.
Le compte courant peut-il être abandonné pour renflouer la société ?
Oui, par un abandon de créance, éventuellement assorti d’une clause de retour à meilleure fortune. Pour la société, c’est un produit imposable ; pour l’associé, une perte dont le traitement fiscal dépend de sa situation. À chiffrer avant de signer.
Un compte courant important pose-t-il un problème vis-à-vis de la banque ?
Au contraire, à condition qu’il soit bloqué : les banques l’assimilent alors à des quasi-fonds propres. Un compte courant remboursable à vue est, pour elles, une dette exigible qui peut partir avant la leur.
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Sources
- Code général des impôts, articles 39, 1-3° (intérêts des comptes courants), 212 (entreprises liées), 117 quater et 125 A (prélèvements) ; BOFiP, BOI-BIC-CHG-50-50-30 (taux maximaux par date de clôture).
- Code de commerce, articles L. 223-19 et L. 227-10 (conventions réglementées), L. 223-21 et L. 225-43 (interdiction des emprunts des dirigeants).
- Avis publiés au Journal officiel relatifs aux taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit (fin de chaque trimestre).